ROME – Les bas fonds du baroque

les bas fonds du baroque

Ah, de nos jours, il n’y a plus de respect !

L’idée est vieille comme le monde. Pourtant, chaque génération accuse la jeunesse de son époque de toutes sortes de vices : paresse, débauche, manque d’ambition, de vertu, de pudeur, de retenue, de culture… la liste est longue et variable.
A cause de cette idée, j’ai toujours eu l’impression que les siècles anciens étaient des siècles de sévère morale, où l’on ne rigolait pas parce qu’on était trop occupé à éviter de mourir de la peste et à prier. Comme si notre époque avait inventé le divertissement et le rire.
Le XVIIe siècle, en particulier, n’a pas grand chose de marrant quand on l’étudie au lycée ou à l’université. Je me rappelle notre prof dix-septièmiste, à la fac, droite comme un manche à balai, tout de noir vêtue, et de son masque de rigueur ridé. Pas question non plus de plaisanter avec les profs d’histoire de l’art que j’ai rencontré en Italie. Les ténèbres qui mangent les tableaux du Caravage semblaient appeler un climat de sérieux plutôt que de légèreté.

« Bacco, tabacco e Venere »

= les 3 vices (le vin Bacchus, le tabac et le sexe Venere).
A l’opposée de cette idée d’un siècle de morale, l’expo de la Villa Medicis nous propose de plonger dans les bas fonds de l’époque baroque, pour explorer les vices des peintres et des romains de l’époque.
Les artistes venus d’Italie ou du nord de l’Europe dans le but de travailler pour le Pape se réunissent en une société de fêtards, les Bentvueghels, et organisent des fêtes orgiaques. Eux qui peignent le jour tous les Saints du Paradis choisissent pour figure tutélaire Bacchus, le Dieu païen du vin.
La plupart des tableaux sont difficiles – voire impossibles – à trouver en ligne, j’ai mis les images les plus grandes possible mais souvent la qualité est médiocre… pour se faire une idée je crois que le mieux reste de voir l’expo à Paris ou à Rome ! (ou bien acheter le catalogue qui a l’air génial mais coûte 40€)
les bas fonds du baroque
Bartolomeo Manfredi – Bacchus
les bas fonds du baroque
Roeland van Laer, « Bentvueghels dans une taverne romaine »
les bas fonds du baroque
Giovanni Lanfranco – Vénus Masculine

 

Lors des rituels d’initiation, les peintres boivent à en vomir, se lancent des défis humiliants – comme servir à la fois de table et de lampe, à 4 pattes avec une torche dans le cul – s’affichent avec des prostituées, des diseuses de bonne aventure, jouent aux cartes…
Par provocation, ils s’amusent à représenter le « geste de la fica », soit le « geste de la chatte » : le pouce, passé entre l’index et le majeur, qui signifie à la fois le sexe féminin, la pénétration, et l’injure suprême. Une sorte d’ancêtre du doigt d’honneur.
les bas fonds du baroque
Simon Vouet, La diseuse de bonne aventure
Le personnage à droite du tableau fait le fameux geste de la fica de sa main droite (et l’on se demande : que compte elle faire de sa main gauche ?)
les bas fonds du baroque
Tableau anonyme, où le spectateur se fait insulter par le personnage et son « geste de la chatte ».
D’autres tableaux nous présentent une autre face de Rome : ses mendiants, ses brigands et ses prostituées qui vivent à l’ombre des ruines antiques, au milieu de paysages bucoliques.
Une série de « portraits des marges » rend hommage à ces personnages anonymes. Les peintres, habitués aux travaux de commande pour de riches aristocrates, se font plaisir dans ces portraits plus naturalistes d’inconnu-e-s.
Pour le moment, l’expo est visible à la villa Medici à Rome (à côté de Piazza di Spagna)
Billet : 12€ (plein) 6€ (réduit)
Gratuit tous les jeudis de 17h à 19h.
L’exposition sera présentée au Petit Palais à Paris du 24 février au 24 mai 2015
BONUS : petit reportage de France 2 sur le sujet (on y voit mieux certaines œuvres)

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