Six mois à Venise

Venise, une ville figée comme sur une carte postale. Une ville où rien ne change. J’avoue, c’est un peu l’idée que je me faisais de la Sérénissime. Pourtant. A chaque minute, la ville est un spectacle. Elle se transforme, immobile. Elle se révèle, secrète. Elle a des humeurs. Je la découvre.

Voilà six mois que je suis à Venise. Dans cet article, j’ai envie de faire un petit bilan de ce que ces six mois m’ont appris, sur ce que je découvre, et sur les émotions quotidiennes de la ville, mais aussi sur des aspects plus terre à terre, qui ont du mal à se poser sur les canaux, il faut l’avouer…

Un article un peu « moi, ma vie, je et moi-même », mais un blog, c’est aussi un journal extime : un peu d’intimité, beaucoup d’extériorité. Alors si ça vous dit, bienvenue dans mon quotidien et mes petites réflexions, pour changer un peu des articles habituels sur le mode « l’Italie c’est cool ».

L’article est illustré de photos prises principalement avec mon téléphone donc de qualité moyenne, et je l’ai agrémenté d’extraits de mes tweets sur Venise. Si vous voulez me suivre sur twitter, cliquez sur le bouton !

La routine à Venise

Mes horaires ne sont pas fixes. Je ne fais pas un travail de bureau, et je peux passer de semaines à 30h de cours à des semaines de 18h. Tout dépend de la période, de la demande, des examens… Un quotidien di facto peu routinier. Mais tout de même, une à deux fois par jour, je traverse la ville de chez moi à mon travail. Aller, retour.

 

six mois venise

La vue depuis le pont de l’Accademia : une photo prise au téléphone sur le chemin du travail

Je sors de chez moi d’un pas rapide dans une succession de campi d’où j’aperçois la lagune et parfois, les alpes enneigées.

Je franchis un pont pour m’engager sur la fondamenta della misericordia, où les bars sont parfois occupés de touristes prenant le soleil, les verres de spritz brillent, les cafés fument (ça dépend de l’heure).

Je passe un pont sur lequel, inévitablement, quelqu’un photographie le linge séchant au dessus d’un canal. So picturesque. J’ai fait plusieurs fois la photo.

S’il est tôt, je passe devant le paradiso perduto au moment où la barque de livraison dépose les fleurs sur le quai, tandis que mon haleine fume dans le froid.

S’il est l’heure du déjeuner, je croise des ouvriers en salopette qui descendent du « bateau tractopelle » pour aller manger.

Une horde d’ados déboule du lycée tout proche, il y a des gosses en trottinette partout.

Je me faufile et passe sur la fondamenta San Felice où un homme fait, chaque jour, la manche en aidant les vieilles à passer les ponts.

L’autoroute humaine est là, je la rejoins : Strada Nova, un flot de gens emporté à toute vitesse dans une odeur de frites.

Sur le campo Santi Apostoli je jette un œil au campanile en rêvant à une légende que j’ai lue, et m’engouffre dans le passage bouché par les touristes qui prennent des photos de la gondole amarrée là.

La rue devient ruelle, ou plutôt la calle devient calletta, on s’approche du Rialto, ça serre. Venise effet entonnoir.

Devant le Disneystore, je bifurque et rase les murs, serpentant de droite et de gauche jusqu’à arriver sottoportego delle Acque.

Je suis arrivée, des touristes se prennent en photo devant la porte de mon travail, je sonne et je rentre.

six mois venise

Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de voitures qu’il n’y a pas de problèmes de circulation

Une routine vénitienne, qui n’a rien de routinier. Au lieu de commencer ma journée dans les transports, je la commence avec trente minute de marche. Heureusement, le panorama n’a rien d’ennuyeux et j’ai plutôt du mal à ne pas m’arrêter pour prendre des photos. La plupart du temps, j’arrive au travail avec une photo au moins dans mon téléphone.

 

 

La vie sociale à Venise

Est-ce Venise ou la vie d’adulte ? Se faire des amis prend du temps. En erasmus, on se fait une bande de super copains en 10 minutes et un café, et on croit que ça sera comme ça pour toujours. Depuis, j’ai vu que l’expérience a de plus en plus de mal à se répéter. Mais la vie sociale a des codes bien agréables à Venise, même si les soirées finissent tôt.

Entre spritz et ciccheti, j’ai tout mon temps pour construire de nouvelles amitiés. Pour la première fois depuis très longtemps, je n’ai pas de date de départ. Je ne sais pas quand je quitterais Venise. Je sais juste que j’y reste, encore. Et après avoir enchaîné 4 mois à Lille, 6 mois à Paris, 10 mois à Rome puis 9 mois en Espagne entrecoupés de moments de flottement de chez mes parents en voyages, me poser me fait vraiment du bien.

Pour rencontrer du monde à Venise, rien de tel que la coloc. Partir avec une petite base de colocataires sympathiques, grâce auxquels on rencontre progressivement du monde. Fréquenter les bars, faire du sport, aller aux événements culturels. Je ne vous apprends rien, c’est la même chose dans toutes les villes. Si vous débarquez à Venise, quelques conseils :

  • rapprochez-vous si c’est votre délire des lieux culturels alternatifs qui s’adressent aux jeunes et moins jeunes vénitiens : Fronde (un collectif), Punto Croce, Il Morion, Gli Hawaï, Metri Cubi (salles de concerts, lieux d’expo, de rencontres, etc)…
  • lisez mon article sur la nuit à Venise, j’y explique le rythme vénitien et donne quelques adresses intéressantes

Le sport à Venise

J’aime faire du sport. Même si l’image de la nulle en EPS m’a longtemps collé au baskets, j’aime bouger. J’ai toujours beaucoup marché, fait du vélo, parfois couru et fait du badminton. Dans mes valises pour Venise, j’ai même emporté ma raquette en espérant trouver une salle.

Raté. Le badminton est peut être parmi les sports les moins populaires en Italie.

Si côté marche je suis plutôt servie (à l’heure où j’écris ces lignes la journée est finie et j’ai marché 9,5 km), pour les autres sports, c’est mort.
Le vélo : interdit dans les rues de Venise, et de toute façon impraticable avec tous les ponts et l’affluence dans les rues.
Le jogging, oui, on peut, mais assez douloureux pour les articulations (tu cours sur de la pierre) et finalement un peu mon sport par défaut.
Le badminton, s’il est pratiqué dans certaines écoles, n’existe pas en club.

 

Du coup, je me suis inscrite à la rame. Ou plutôt, à la voga veneta. Oui, ce style de rame qui se pratique debout, sur une embarcation à fond plat, à un seul rameur. Comme un gondolier si vous préférez. Encouragée par mon prof, je vogue sur les canaux de Cannaregio ou du Ghetto, en essayant de ne pas finir à l’eau et d’éviter de foncer dans une gondole. J’en suis au quatrième cours, on en reparlera, surement dans un article dédié.

six mois à venise

Mon école de rame

Mon école de rame, Venice on board, propose aussi des cours de découverte pour les touristes.

Le carnaval de Venise

Un gros avantage d’habiter Venise : j’allais enfin assister à son célèbre carnaval ! Quand j’habitais à Rome, on m’avait déconseillé d’entreprendre le voyage : un enfer, trop de monde, des calle bloquées et un aspect carnaval en carton pour les touristes. J’avais renoncé.

Le carnaval a commencé le samedi 11 février. Ce jour là, je travaillais jusqu’à 18h pour une formation. Au fur et à mesure de la journée, on entendait de plus en plus de cris, de pétards, tandis que les flash illuminaient de plus en plus le pont sous nos fenêtres (et donc ma salle de cours). En sortant du boulot, les rues étaient remplies de touristes masqués aux airs extatiques.

venise carnaval

Il faut le savoir, le carnaval de Venise, c’est beaucoup ça : des touristes qui vivent un rêve et se promènent avec leurs masques chinois tandis que les vénitiens se terrent chez eux pour éviter la foule.

Pendant trois semaines, les rues deviennent difficilement praticables, avec un crescendo le weekend.

Certains costumés se promènent suivis d’un photographe pour mieux poser dans tous les lieux mythiques.

La spontanéité, la fête un peu plus sauvage, l’âme de carnaval, sont noyés sous un océan de paillettes et de superficialité. Franchement, j’ai trouvé le carnaval de Venise chiant. Beau, mais ennuyeux. Peu de folie. Beaucoup de vernis.

Un seul événement m’a vraiment emballée : le défilé sur l’eau organisé le samedi 11 février pour inaugurer les festivités. Sur le canal de Cannaregio, des barques, pour la plupart à rames, transportent des danseurs qui crachent le feu ou jouent avec la lumière pour créer un spectacle féérique.

Six mois à Venise

Six mois à Venise, et bientôt sept, neuf, douze… qui sait jusqu’à combien je pourrais compter ?

 

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6 Comments on "Six mois à Venise"

  1. C’est très intéressant, cette vision d’une locale (ou presque !). Certaines choses me rappellent mes six mois à Florence (la beauté, le flot de touristes, les locaux qui se barricadent ou désertent certains endroits de leur ville-musée). Tous les petits détails sont charmants, on imagine bien que tu dois continuer d’être émerveillée lors de tes trajets quotidiens. C’est drôle que le sport de la ville soit la rame !

  2. J’attendais avec impatience cet article sur un premier bilan ! Bah voilà, heureusement que tu y restes car j’ai encore envie de te suivre quelques temps là-bas 🙂

    • Merci Isa 😀
      Un constat : il faut rester plus à Venise. Tout prend du temps, on n’a pas envie de gâcher tout ce temps investi à apprendre la ville, à la comprendre, à s’y orienter, etc en n’y restant que 6 mois ou un an ! Alors c’est reparti pour une deuxième année 🙂

  3. Chouette expérience ! 🙂

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