Voyager en Italie à l’heure du COVID-19

Voyager en Italie à l’heure du COVID-19

Le confinement s’achève progressivement en Italie et un peu partout en Europe. Avec l’été qui approche, certains pays annoncent la réouverture de leurs frontières aux touristes. Beaucoup d’amoureux et d’amoureuses de l’Italie n’ont qu’une envie : y retourner, et vite ! Le décret approuvé le 16 mai par le conseil des ministres italien le dit : à partir du 3 juin, les européen.nes seront bienvenu.es, et sans quarantaine.

Pendant deux mois, nous avons mieux respiré. Enfermé.es, certes, mais sous un ciel clair débarrassé d’un trafic aérien trop intense. L’arrêt de l’activité touristique a permis à beaucoup de se poser des questions sur l’impact environnemental de nos voyages. Et si on faisait moins mais mieux ? Il aura fallu une pandémie pour qu’on remette en question profondément nos choix de vacances. Mais si nous l’avons fait, tant mieux.

A ces remises en question s’ajoutent bien évidement des craintes sanitaires justifiées. Est-il sûr de voyager ?

Mise à jour : nous sommes le 5 juillet, et après avoir voyagé en Italie pour des raisons professionnelles (à Venise et dans le Chianti, en Toscane), j’ai décidé de mettre à jour cet article avec les dernières informations que je connais.

Guide pour voyager en Italie à l’heure du COVID-19

Cet été, si nous pourrons voyager, ce sera dans un contexte sanitaire incertain. Les épidémies ne respectent pas le calendrier des vacances, et l’annonce de la réouverture des frontières faite par l’Italie suit une logique plus économique que sanitaire. Le tourisme est un secteur vital pour l’Italie, qui lance à l’Europe un message : “venez masqués, mais venez !”

Des chiffres sur l’épidémie en Italie ? Vous en trouverez sur ce site, mis à jour quotidiennement.

Source, Département de la Protezione Civile italien

Pour conjuguer ces aspirations à des voyages plus écolos et l’envie irrépressible de (re)voir l’Italie, je vous ai concocté ce guide de voyage à l’heure du COVID-19. En plus de vous donner des informations sur la situation sanitaire, il propose des actions concrètes à mettre en place pour réduire l’empreinte de nos voyages, consommer mieux et éviter l’impact désastreux du tourisme de masse.

Par contre, je ne répondrai pas à votre question la plus brûlante : est-ce que je réserve mes vacances ? Ce n’est pas à moi de décider à votre place. Et l’évaluation des risques dépend de nombreux critères, à vous de les prendre en compte selon votre situation. Je vous indiquerai dans cet article ce qu’il est possible de faire en Italie malgré le coronavirus, côté tourisme, à partir du 3 juin et de la réouverture annoncée des frontières.

Avant de partir, le permis sanitaire

Certaines régions de l’Italie imposent aux touristes de remplir un “permis sanitaire”. En italien, la patenta sanitaria est un document attestant de son état de santé, où l’on donne des informations sur ses intentions de visite. Où allez-vous séjourner ? Quel lieu allez vous visiter ? Le but est de pouvoir retrouver au maximum les personnes éventuellement contaminées ou au contact avec un cas positif.

Pour l’instant, les régions ayant mis en place le permis sanitaire seraient :

  • La Sardaigne : allez sur ce site deux jours avant votre départ pour remplir le formulaire
  • Les Pouilles : idem que pour la Sardaigne, sauf que je ne parviens pas à trouver le site d’enregistrement

Si vous avez des informations plus poussées, n’hésitez pas à me les indiquer en commentaire.

Se déplacer en Italie

S’entasser dans un vol low-cost pour gagner en vitesse Rome ou Milan pour un weekend frénétique de deux jours, c’est fini ? Privilégions les séjours plus longs, quitte à partir moins souvent. Comme ça, plus d’excuse pour préférer l’aérien aux transports terrestres. De Paris, Marseille ou Dijon, l’Italie est à portée de train. On s’endort en gare de Lyon et on se réveille à Venise, devant le Grand Canal. La compagnie s’appelle Thello et propose des prix d’entrée de gamme vraiment attractifs : 30€ le Paris-Venise en cabine non-mixte de 6 couchettes. Si vous prenez la première classe, vous aurez même une bouteille de prosecco.

Par la fenêtre du train en Ligurie, janvier 2020

Une fois sur place, vous pouvez vous déplacer en train ou en transports en commun. Les principales compagnies de train nationales sont Trenitalia et Italo. Chaque région a ses compagnies de bus (et même de train dans certains régions) qui sillonnent les villages alentours. Les offices de tourisme vous fourniront les informations pratiques.

Attention : à l’heure où cet article est rédigé, les trains Thello sont suspendus jusqu’au 3 juin pour la ligne Nice-Milan et jusqu’à nouvel ordre pour les Paris-Venise. Un client m’a indiqué que les remboursements des billets annulés tardent à arriver. Pour consulter les informations à jour, voir cette page sur le site de Thello.

Màj : Depuis le 3 juin, les déplacements entre régions sont de nouveau possibles. Vous pouvez voyager avec les compagnies italiennes : Trenitalia ou Italo. Dans le train, les voyageurs doivent garder leur masque, porter des gants ou se désinfecter les mains avec le gel alcoolique fourni à bord. Un siège sur deux est vendu seulement, ce qui semble avoir une incidence à la hausse sur les prix. Le wagon restaurant reste actuellement fermé mais un charriot propose des boissons et des snacks à la vente. Sur les trains régionaux, où les places ne sont pas numérotées, le nombre de billets à la vente sera réduit, pensez à acheter vos billets à l’avance.

Hébergement : pour un tourisme éthique et sanito-compatible

Beaucoup d’hôtels ont rouvert leurs portes depuis le lundi 18 mai, tout comme les restaurants et les bars. Bien entendu, des règles d’hygiène sont de rigueur. Les clients devront porter le masque dans l’hôtel et respecter les distances de protection (1 mètre à l’heure actuelle). On ne s’entasse pas dans l’ascenseur, pas de buffet au petit-dej, remplacé par le service à la table, et gel hydroalcoolique à tous les étages.

Côté éthique, quelle attitude adopter ? En Italie, les plateformes comme Airbnb ont profondément accentué les problèmes d’accès au logement et de dépeuplement des centres historiques. Airbnb squatte le marché locatif et rend la recherche d’un logement infernale pour les résidents, à Venise, Florence, Naples ou Rome, sans parler de Milan. Ce qui fait le charme de ces villes, c’est pourtant leur caractère, imprimé par les habitants. Naples sans les napolitains ne serait qu’un disneyland de la pizza sans saveur et sans âme.

Le centre de Bergame en février 2020, juste “avant”

Alors si vous voulez vraiment avoir un impact positif, il existe plein d’alternatives à Airbnb :

  • Choisir l’hôtellerie traditionnelle
  • Loger en agriturismo, un logement situé en zone rurale dans la campagne
  • Prendre une chambre chez l’habitant sur FairBnB, qui soutient des projets locaux en reversant un pourcentage à des associations
  • Se tourner vers un B&B classique
  • Pratiquer le troc à l’occasion de la semaine du barrato

Petite note à propos de Booking et autres plateformes : si vous souhaitez voyager plus éthique, fuyez-les. Entre l’évasion fiscale et l’étranglement des petites structures, ces plateformes n’ont rien de vertueux. Personnellement, je repère les logements sur booking mais je contacte directement les hébergements sur leurs sites pour réserver (au même prix). Oui, un peu plus long. Mais si possible, c’est un geste vertueux. De plus, certains hôtels font des promos uniquement pour leurs clients directs.

Nuit dans un agriturismo en Toscane, avril 2019 sur le chemin de Dante

Retour au restaurant

Ne vous attendez pas de si tôt à retrouver un restaurant italien “comme avant”, avec ses salles combles, le parmesan qui passe d’une table à l’autre et les tables au coude à coude. Contrôle de la température des client.es, nombre de clients plafonné au nombre de places assises disponible total, menu à consulter sur son smartphone ou sous forme plastifiée pour permettre l’hygiénisation… l’exercice demandera flexibilité aux travailleur.euses et, dans une moindre mesure, aux client.es, qui devront penser à réserver et à porter un masque pour se déplacer dans le restaurant.

MàJ : On demandera aussi aux client.es de déclarer s’ils sont de la même famille ou non, pour décider quel type de table leur donner (distanciée ou non). Vous devrez laisser vos coordonnées téléphoniques pour être contactés en cas de besoin (si une personne positive a mangé à côté de vous, par exemple).

Un restaurant de Ravenne, la Ca’ de Ven, en décembre 2019

Bien manger en Italie

Au delà des restaurants et des milles indéniables qualités de la gastronomie italienne, comment bien manger au sens éthique du terme ? Chez les restaurateurs et les restauratrices, préférez les adresses qui ont un menu court et adapté à la saison, avec, éventuellement, des produits sourcés slowfood*. Ce critère n’est pas essentiel mais c’est souvent un bon critère pour choisir un restaurant car c’est (généralement) un gage de qualité. Mieux vaut aussi préférer la trattoria populaire que les chaînes sans âme ni caractère. Enfin, les restaus qui servent tous les plats clichés de la gastronomie italienne sont souvent des attrapes touristes.

Naples clichés
Un stand de fruits et légume dans une rue de Naples en mars 2019

*les produits labélisés slow food sont produits d’excellence liés à un terroir ou un mode de production non-industriel.

Vous préférez cuisiner qu’aller au restau ? Là encore, vous pouvez faire des choix pour mieux consommer. Les marchés italiens sont bien souvent restés ouverts pendant toute la crise sanitaire. Que ce soit le marché du Rialto de Venise ou le marché de Sant’Ambrosio à Florence, l’ambiance, les couleurs et la variété des produits battent de loin tout ce que le supermarché peut vous offrir. Et en plus, le risque de contagion est moindre à l’air libre, et bim.

Actuellement, le port du masque et de gants est obligatoire. Certains marchés distribuent les gants à l’entrée. MàJ je constate une tolérance toujours plus grande concernant les gants. A Padoue, il n’y a plus de contrôles sur le marché et seul le port du masque est vraiment observé.

Andiamo al mare, oui, mais à distance

Ah, les files interminables de parasols sur les plages italiennes… caractérisé par les lettini (chaises longues) des plages privées, le littoral italien va devoir s’adapter. A partir du 29 mai, les plages de tout le pays pourront recommencer à accueillir des touristes, en dégageant 1,50 mètre entre chaque client.e. Jouer aux raquettes sera autorisé, mais uniquement dans l’eau. Oui, c’est ubuesque. Mais pour le moment, c’est ça ou rien.

Car pour les plages “libres”, en italien les spiagge libere, c’est un peu confus. Chaque ville pourra adapter les règles, allant jusqu’à mettre en place un service de réservation. Comment ? Réponse au prochain épisode.

MàJ : je n’en sais pas beaucoup plus actuellement, n’ayant pas été à la plage. Mais il semble que comme sur les places ou dans les rues, chacun doit appliquer la distanciation de façon autonome.

italie voyage covid-19
La plage libre de San Vito dans les Pouilles, où on pose habituellement sa serviette sur les cailloux, photographiée en août 2018

Et s’il pleut, on va au musée ?

A mon avis, on devrait toujours aller au musée quand on voyage en Italie. Mais dans cette situation inédite, comment ça va se passer ?

Retenez bien ce mot : “prenotazione”. Il y a de bonnes chance que ce soit le mot de l’été. Réservation obligatoire, donc, pour les musées. Qui devront interdire l’accès aux personnes non-masquées et faire respecter les distances, un mètre entre chaque personne. Heureusement qu’on applique pas la règle à l’intérieur des tableaux.

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MàJ : beaucoup de grands musées ont rouvert, avec des modalités et des horaires très variables. A Venise, certains musées se visitent seulement sur réservation et accompagné d’un.e guide, par exemple.

A propos des guides

Voilà une autre catégorie qui a beaucoup souffert de la crise sanitaire et sociale liée à la pandémie. Les guides touristique, qui sont souvent indépendant.es, se sont retrouvé.es sans perspectives et sans travail. La reprise s’accompagne d’une mise en concurrence terrible, car les touristes sont rares, mais les guides, toujours aussi nombreux.euses.

Quel rapport avec un tourisme soutenable ? Si vous souhaitez faire une visite guidée, que ce soit en groupe ou individuellement, soyez sûr de vous adresser à un.e professionnel.le certifié. Il faut un diplôme pour exercer en Italie. Difficile à obtenir, ce sésame représente un travail de préparation énorme et garanti les connaissances de la personne qui vous accompagne.

Malgré ce, les free tour se sont développés dans la plupart des grandes villes. Le concept, suivre un. “habitant.” lors d’une balade, et l’écouter vous raconter histoire, anecdotes et autres sur sa ville. A la fin, on paye si on veut, ce qu’on veut. Plutôt sympa ? Pas vraiment, si on pense à la concurrence déloyale que ces personnes (généralement pas diplômée) font aux guides pro. Pas super non plus pour ce qui est des conditions de rémunération de ces personnes, qui dépendent du bon vouloir des participant.es. En plus, à Venise, ce type de tour en grand groupe n’est pas du tout adapté à la morphologie de la ville qui souffre d’être embouteillée par des personnes qui n’ont pas été sensibilisées au “vivre ensemble vénitien” (ne pas bloquer un pont en restant debout à l’arrêt, par exemple).

Bref, si vous voulez un.e guide, il faut le ou la payer.

Au retour, on ramène quoi ?

Autre chose que le virus, de préférence. Et par “autre chose”, je ne veux pas parler d’une horreur en plastique acheté dans un commerce de pacotille.

Pour entrer dans les magasins, les gants et le masque sont de rigueur, donc. Et tant qu’à se barder de protections, on le fait pour entrer dans la boutique d’un artisan, d’une créatrice, d’un designeur ou d’une vendeuse de produits locaux… un beau sac qui durera toute la vie et nous rappelle des vacances à Florence, un foulard chiné à Rome, une paire de furlane, les chaussures des gondoliers, made in Venice, un carnet en papier de Fabriano acheté dans les Marches… franchement, si vous ramenez un magnet made in China, vous n’avez pas d’excuse ! A l’entrée des boutiques, une bouteille de gel est mise à disposition des clients qui n’ont pas de gants.

italie covid voyage marchés
Un mercatino à Rome, où chiner du Stefanel de seconde main à des prix imbattables (photo de juin 2018)

Moins mais mieux

Bref comme pour les transports, la restauration ou le nombre de séjours, l’idée c’est de faire moins mais mieux. Je ne crois pas que l’Italie ait besoin de beaucoup de touristes tout de suite, achetant compulsivement des portes clé pinocchio avant d’ingurgiter une carbonara à Bergame (alors que c’est un plat romain, enfin), dormant dans des Airbnb et s’entassant dans des avions Ryanair pour gagner vite, vite, une autre destination quelques semaines plus tard. Désolée si vous vous êtes reconnu.es dans la description. J’ai moi-même fait plusieurs des choses listées ci-dessus. Ce n’est donc pas un article à charge, mais plutôt une invitation à faire son auto-critique en tant que voyageurs et voyageuses, si vous ne l’avez pas déjà fait durant le confinement. J’espère aussi que si le tourisme évolue dans ce sens, les politiques locales sauront encourager cette tendance pour que le tourisme puisse véritablement être une ressource. Car en l’état actuel, on se demande s’il ne détruit pas plus qu’il ne crée.

Ce petit guide de voyage dans l’Italie du Covid-19 s’achève ici. S’il manque des informations, posez moi vos questions en commentaire, sur les réseaux sociaux ou autre, je vous répondrai de mon mieux.

J’essaierai également de mettre cet article à jour si la situation sanitaire évolue.

En espérant vous avoir été utile, et que, quand vous reviendrez en Italie, vos voyages n’en seront que plus beaux, plus émouvants, plus bouleversants.

PS : par souci de transparence, je tiens à préciser que je ne suis pas rémunérée pour citer les compagnies de train dans cet article. Je le fais à simple titre informatif.

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