Mon intégration en Italie #HistoiresExpatriées

« Tu es en Italie depuis combien de temps ?

Tu dois être bien intégrée maintenant ! »

C’est une question que ceux qui vivent à l’étranger s’entendent souvent poser. Généralement, j’y réponds vaguement, haha oui, oui, bien sûr !

Mais alors que mon interlocuteur passe déjà à autre chose, la question reste et soulève en moi une série d’autres questionnements.

Être intégrée. S’intégrer. Se sentir intégrée. Qu’est-ce que ça veut seulement dire ?

Prête à m’intégrer à la Culture italienne

Prémices d’intégration

Dans les moments de fête, la question de l’intégration apparaît naturellement. Pour moi, c’est ma première fête de Pâques en Italie. Je vis dans un pays où le calendrier des festivités est assez similaire à celui de la France, avec ses fêtes religieuses. Même si on ne fait pas forcément les mêmes choses, il y a une base commune et quelque chose de très familier.

Pour moi, née dans une famille non-religieuse, Pâques c’est un jour où l’on ne travaille pas, et où l’on partage un repas en famille.

Pour mes premières Pâques en Italie, j’ai été invitée par un de mes amis à passer le weekend dans sa famille.

Lorsqu’il m’a proposé de m’ajouter à sa fratrie, je me suis sentie, pour la première fois, intégrée.

J’allais prendre part à une tradition, et pas uniquement comme spectatrice, mais en étant accueillie au sein d’une famille.

Finalement, j’ai découvert que le lendemain du (très abondant) repas dominical en famille, les italiens fêtent Pasquetta, la petite Pâques. Le lundi est dédié aux amis, aux escapades à la campagne et aux pique-niques. Sympa.

Un peu plus tard, le 25 avril, fête de la libération italienne, même sentiment d’intégration. Cette fois, il s’agit d’une fête tout à fait italienne, donc je ne l’assimile pas à un terrain familier.

intégration

Explorer une culture à travers ses manifestations politiques

La veille, ce même ami me prépare à la manifestation : j’apprends à chanter Bella Ciao et d’autres chansons de la résistance italienne. Le lendemain, dans le cortège de la manif, je me sens intégrée. Je connais les codes, je comprends la culture, j’ai ma place parmi les autres.

Je participe à un événement qui ne m’appartient pas mais qui prend sens pour moi.

Le sentiment d’intégration

S’intégrer, c’est donc gagner progressivement le sentiment d’être à sa place au sein de la société dans laquelle on vit.

Comme dans l’exemple précédent, lorsqu’on participe aux événements festifs, on a l’impression de faire partie de la société.

un vaporetto à Cannaregio, le quartier de Venise auquel je me sens liée

Au quotidien, ça passe par une implication dans la vie du pays. Travailler, fréquenter des lieux d’agrégation, qui peuvent être la salle de sport, le bar ou une salle de concert, s’impliquer dans des activités avec les autres.

Se sentir intégré, c’est passer du statut d’observateur extérieur de la société à celui de membre. Ne plus être un touriste, une personne en transit, avoir un rôle plus actif.

Conséquence, plus le temps passe, plus il est difficile de porter un regard spéculaire sur le pays où l’on vit, parce qu’on en a intégré les valeurs.

Intégrer ou s’intégrer ?

La question de l’intégration, je ne me la pose plus.

Je me sens accueillie en Italie. Je parle la langue, le comprends la culture, je connais la géographie, les grandes lignes de l’histoire… de plus, comme les questions d’identité et de culture me fascinent, je lis et réfléchis beaucoup à ces sujets.

Je me sens à ma place. On peut aussi penser que ma nationalité française attire la sympathie. Le dialogue culturel entre France et Italie est plus ouvert et équilibré, ce serait certainement différent si j’étais d’une autre nationalité.

Est-ce que je me sentirai un jour « vénitienne » ?

Est-ce le pays qui m’accueille ou moi qui l’intègre, qui le fais mien ? C’est une question que je me pose souvent. Est-ce que je ne deviens pas un peu italienne ?

Quand je rentre en France, on me demande si mon petit accent est un accent italien. Je souris et réponds qu’il me vient de ma ville natale, Sète. Certains n’en sont pas convaincus, et me disent qu’il est drôle, quand même, cet accent.

J’ai parfois l’impression de comprendre les italiens intuitivement. Certains « faits culturels » sont devenus naturels pour moi, je ne les vois plus.

L’art de s’arranger

Par exemple, j’ai complètement intégré l’arte di arrangiarsi, une notion fondamentale pour vivre en Italie !

L’art de s’arranger, c’est cette façon qu’on les italiens de ne jamais trop s’en faire parce que bene o male, on va bien trouver une solution.

La précision et la rigueur ne sont pas exactement les mots préférés des italiens, qui leur préfèrent la souplesse et l’adaptation. Deux valeurs dont j’ai appris à user pour voir les angles ronds plutôt que carrés.

venise

Faire siennes les coutumes : l’aperitivo

Puis il y a les petites habitudes du quotidien. Faire son café à la moka les yeux fermés. Savoir se placer dans la file d’attente. Prendre l’habitude d’offrir chacun son tour au bar plutôt que de payer sa part au centime près. Chercher le gros sel dès qu’on met le pied dans une cuisine. Être ultra-enthousiaste dès qu’on voit un enfant. Boire son café debout en une minute trente chrono.

Des petits gestes qui s’invitent dans ma façon d’être.

Alors maintenant que je sais préparer un espresso et que je connais la vérité sur la carbonara, et que tout ça a du sens et de l’importance pour moi, est-ce que je peux me considérer intégrée ?

Je crois qu’il n’y a pas de réponse à cette question, et que l’important, c’est de trouver un équilibre entre ce que l’on pense être et l’identité du pays où l’on vit, telle qu’on la perçoit. Dans un rapport mouvant entre notre identité d’expatrié et l’identité du pays qu’on a choisi.

 

 

14 Comments on "Mon intégration en Italie #HistoiresExpatriées"

  1. « L’art de s’arranger » : mais oui! Par contre une chose à laquelle je ne me ferai jamais, c’est le café au bar, DEBOUT. Je trouve toujours que c’est une drôle d’idée, moi j’aime bien de traîner quand je bois mon café 🙂
    Julie – Amore Mio blog Articles récents…La recette des caggionetti, les gâteaux de Noël traditionnels des AbruzzesMy Profile

  2. Ah, L’Italia… de toute façon on a tous envie de s’y intégrer dès qu’on pose le pied sur cette terre… bien décrit et j’adhère au fait qu’il faut cet equilibre pour se sentir bien… c’est d’ailleurs comment on se sent déjà depuis deux mois de retour en Europe.

  3. Joli partage. C est vrai qu intégrer les habitudes et façons de penser d un pays, c est tellement dans les détails… le café debout en une minute trente ! 😀 mais… savoir se placer dans une file d attente ???
    J’ aime beaucoup cette conclusion du rapport mouvant 🙂
    Sophie Articles récents…Intégration en Islande #HistoiresExpatriéesMy Profile

    • Merci Sophie ! La file d’attente, en gros, c’est l’anarchie et ça se joue un peu au culot, un peu au défi de regard, un peu à l’autorité. Si t’es trop timide tu peux ne jamais arriver à commander ton café que tu boiras en 1m30 !

  4. Brava Lucia,
    l’histoire de ton expérience en Italie est efficace et authentique. Ça m’a plu!

  5. Quand je lis ton article, j’ai aussi envie de m’intégrer en Italie, ça donne envie et ça se voit que tu l’aimes ton pays d’adoption ! Je voudrais bien fêter Pasquetta, juste parce que ce nom est trop mignon !
    Val Edmond Articles récents…Visiter la Géorgie pour sa cuisine !My Profile

  6. Quelle conclusion ! Oui, l’intégration est difficile à définir et est tellement subjective d’une personne à une autre. Le passage sur ton accent m’a rappelé des souvenirs… C’est la même pour moi quand je rentre, personne n’ose trop me le dire, puis une fois lancé, ils en profitent pour me poser plein de questions sur mon quotidien… et c’est là que je me rends compte à quel point il a changé et il peut être en décalage avec celui que je menais en France.

    • On se construit tellement tout au long de la vie que je me sens souvent perdue, presque me demander « mais qui suis-je, française, italienne, autre ? »
      Je plaisante mais vivre longtemps à l’étranger transforme, on devient l’addition de croisement d’identités. J’aime beaucoup un poème d’Alain Mabanckou qui m’évoque ça, dans son livre « Tant que les arbres s’enracineront dans la terre », qui dit
      « je n’ai pour attaches
      que la somme des intersections
      les échos de Babel »

  7. De retour en France pour quelques semaines je prends enfin le temps de lire tout le monde.
    A nouveau un bel article, merci pour ce joli partage. Comme tu dis, s’intégrer c’est avant tout trouver un équilibre, je suis tout à fait d’accord.
    Ravie de savoir que tu te sentes bien dans ta terre d’accueil.

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