Aventures à Bologne

aventures à bologne

Sortie du métro à Cinecittà, j’attends depuis vingt minutes sous un soleil de plomb un covoiturage prévu pour 13 heures, direction Bologne. D’autres personnes, sac sur le dos, patientent à l’ombre autour de moi. Enfin, le voilà : un van blanc se gare en double file et Alex, notre conducteur, en émerge.

Nous sommes huit personnes à voyager avec lui dans sa camionnette d’un autre siècle. A l’arrière, pas de ceintures : en Italie, personne ne met la ceinture, me disent les autres covoitureurs. Bon. On va prier pour que tout aille pour le mieux, donc…
Nous nous entassons dans le véhicule et c’est parti, nous voilà sur l’autoroute. La conversation s’engage et je découvre que je voyage en compagnie d’une espagnole en stage dans une galerie d’art, d’une italienne qui vit à Paris et travaille dans un restaurant, d’un jeune italien qui bosse à Rome et rêve de se reconvertir dans le secteur du tourisme 2.0…
Chacun raconte un peu sa vie, son parcours, on rigole bien, quand notre conducteur nous tend un smartphone et déclare : « J’ai une petite vidéo de mon travail à vous montrer »

Passé un moment d’effarement, j’ose demander « Mais, Alex, le type en costume brillant, c’est toi ? »
Oui. Je voyage dans un mini-van sans ceintures conduit par Alex, Alien-laser, ex-stripteaser qui s’est reconverti parce que, « à partir d’un certain âge, plus personne n’a envie de vous voir en slip ».
Oui.
Oui.
Oui.
Tout est normal. Ambiance dans la voiture, tout le monde se mord les lèvres pour ne pas rire. Ultra sérieux, Alex nous raconte comment, il y a un an, il a lancé son business et acheté le van pour transporter son matériel de discothèque en discothèque, parcourant l’Italie, de la Sicile au Piémont, pour performer des spectacles de lumière inspirés de la créature du film predator.
Quatre heures de route plus tard, nous voilà enfin à Bologne, et chacun part de son côté, après avoir remercié et payé notre alien de conducteur pour le voyage.
Rebecca arrive sur son vélo et c’est parti pour un weekend de folie, résumé en un petit dessin sur mon carnet de voyage :
Mais parlons un peu de la ville, plutôt que de mes aventures.

Bologne est orange 

Même sur google maps, la couleur orange est la première chose qui saute aux yeux à propos de Bologne. Les maisons, les portiques, les façades, le sol, la pasta al ragu, tout est de cette chaleureuse couleur orange. L’Italie est un pays plein de couleurs, les façades colorées font partie de sa carte d’identité aussi bien que le linge qui pend aux fenêtres, mais à Bologne, un choix à été fait, et on plonge dans un univers quasi unicolore.
1 – L’église de San Luca qui surplombe la ville,
2- L’un des sept secrets de Bologne,
3- Les trottoirs orange et mes pieds,
4- Une façade sur la piazza delle Sette Chise : orange.

Bologne est secrète 

A chaque fois que j’ai visité Bologne (l’été dernier lors d’un weekend torride et cette année fin septembre, beaucoup plus respirable), j’ai été guidée dans le dédale des rues par Rebecca, qui connait les meilleurs bars de la ville, mange dans la même osteria que Lucio Dalla et Francesco Guccini, reconnaît les musiciens du Stato Sociale (un groupe italien que j’adore) dans la rue et surtout, connaît les sept secrets de Bologne.
Ma che cosa è ?
Difficile de les raconter sans les dévoiler ! Sept secrets se cachent pourtant dans les rues de la ville, et le jeu est de partir à leur découverte… quelques indices et beaucoup d’observation, et andiamo !
1- Au dessus de Bologne, l’église de San Luca surplombe la  ville. Une promenade couverte et agrémentée de portiques permet de rendre l’ascension plus facile et protège du soleil. Plus d’excuse pour ne pas aller à la messe ! Mais cette Sainte promenade s’est acoquinée avec un bien moins Saint symbole… lequel ?
Le chemin pour monter à l’église
2- Sur la place de la fontaine Neptune, en plein centre de Bologne, un artiste sculpteur aux pensées pas toujours bien placées s’est amusé à offrir, sous un certain angle, une vision de Neptune offensante pour l’Eglise et les dames de l’époque, qui demandèrent à vêtir la statue d’un pantalon, aujourd’hui envolé, pour le bonheur des mateurs. Reste à trouver le bon point de vue…
Une autre fontaine un peu hot de Bologne… les pigeons ont l’air d’apprécier
3- Une église ? Pas que ! Entrez dans l’église de la Piazza delle Sette Chiese pour découvrir ce secret de Bologne (l’indice est dans le nom de la place)
4- Ville médiévale, Bologne a vu se passer beaucoup de choses entre ses murs (oranges). Près de la Piazza Maggiore, une maison garde les traces d’une bataille qui s’est jouée à l’arc. Les myopes auront du mal à trouver ce secret, mais un conseil, levez la tête et plissez les yeux…
5- Vous vouliez aller à Venise et vous vous êtes retrouvés à Bologne ? Trop d’alcool hier soir, la mauvaise sortie d’autoroute, un avion détourné par un terroriste en manque de pasta al ragu, bref peu importe, c’est trop tard. Un prix de consolation, les gondoliers en moins, se trouve derrière une petite fenêtre (orange) via Piella.
6- A Bologne, après avoir bu trop de San Giovese et mangé une quantité excessive de fromage et de jambon al tagliere, vous avez peut-être envie de faire vos confessions amoureuses de loin. Piazza Maggiore, cherchez bien l’angle juste du mur, qui saura porter vos murmures dans l’oreille de votre aimé, l’haleine en moins…
7- C’est bien connu, les étudiants aiment écrire sur les murs, des toilettes jusqu’à ceux de la rue, pour exprimer leurs convictions politiques profondes, leur pensées lubriques, leur humour désopilant ou leur passion pour les substances illicites. Rien de nouveau sous le soleil : au moyen-âge, on grafittait déjà à propos d’une plante connue sous le nom de Marie-Jeanne. Rendez-vous au croisement de Via Independanza et via Rizzoli pour découvrir l’inscription latine.

Scoop : les spaghettis à la bolognaise n’existent pas

Eh non. Désolée. J’adore la sauce tomate agrémentée de boulettes de viande que ma mère cuisine et que nous appelons sans même y penser « spaghettis à la bolognaise », mais non, rien à voir avec Bologne. Mi dispiace.
Ici, on se régale de pasta al ragu, et même plus particulièrement de tagliatelle al ragu. 
Le ragu, c’est une sauce tomate à la viande, délicieusement douce, parfois un peu piquante, salée, savoureuse, qui s’accorde parfaitement avec la texture des tagliatelle fraîches, dont la pâte absorbe une partie du jus de la sauce. Du délire gastronomique comme seule l’Italie sait en inventer.
L’adresse de fou où Rebecca m’a amenée, pour une méga cena avec ses amis :
Trattoria da Vito
Via Musolesi, 9
On y mange un plat de pâtes pour 6-7€, et c’était le Q.G. de Lucio Dalla et Francesco Gucini, deux chanteurs italiens qui y faisaient parfois le boeuf après un bon repas. Génialement simple et bon, un endroit sans chichis où tu peux renverser du vin sur la nappe blanche sans te sentir gêné.
J’espère retourner très vite à Bologne, parce que vraiment, cette ville est incroyable. Peu visitée des touristes, elle est pourtant fascinante et magique. On ajoute à ça l’amitié et la gentillesse des bolognais, et voilà, je veux y retourner, là, tout de suite. Une dernière photo pour la route ?
1 – Librairie jeunesse super géniale
2 – Vue depuis San Luca sur les monts où les habitants vont pique niquer le dimanche à la cool
3 – La bibliothèque Salaborsa, complètement magnifique et superbe
4 – Des plantes, de belles couleurs et du soleil pour aller boire un verre au bar Le Serre, en plein Giardini Marghetita
Bientôt : mes débuts comme assistante de français à Rome !
Pour suivre ce blog sur facebook : L’occhio di Lucie vous attend !
A bientôt pour de nouvelles aventures !Bonus : à télécharger et à imprimer pour une balade à la découverte des secrets de Bologne, un petit document 🙂 Cliquez ici pour le télécharger !

 

7 Comments on "Aventures à Bologne"

  1. What!!!! Les spaguetti à la bolognaise n'existent pas!! J'aurais appris quelque chose! Je ne connais pas l'Italie, pas du tout, mais j'aimerais beaucoup y faire un tour un de ces jours: entre la gastronomie, l'histoire, le temps…ça doit être un pays très intéressant à visiter. Au plaisir de te lire et d'en apprendre plus sur ce pays 🙂

  2. J'ai enfin vu la vidéo, je pleure. et encore il reste sobre…ou alors il n'avait plus assez de câble lumineux pour électriser complètement son corps..vu la passion qu'il nourrit pour les popotins, on est sauvé !

  3. D'après la photo du plat de pâtes, il semblerait que la viande soit hachée. Or ce que nous appelons “pâtes à la bolognaise” est servi avec de la sauce tomate dans laquelle il y a de la viande hachée. Où donc est la différence ? Eclairez-nous professore !

    • La différence c'est que ce ne sera pas des boulettes, ni des spaghettis, et que parfois ça peut être un autre type de viande, ou une autre présentation que hâché.
      Mais c'est surtout à propos des spaghetti : en Italie, il y a des "règles" pour associer pâtes et sauces. Par exemple la carbonara ira plutôt avec des pâtes longues.
      La différence réside aussi dans la dénomination : à Bologne, personne ne parlera de spaghetti "à la Bolognaise" ni même de tagliatelle à la Bolognaise. Le nom "spaghetti à la bolognaise" est une invention non italienne…
      Mais ce qui compte, c'est que dans tous les cas, on se régale !

    • A lire sur le même sujet : Floriana, qui s'est donné pour mission de dénoncer les arrangements que font les français (ou les autres pays) avec la gastronomie italienne : http://mangiareridere.fr/2012/07/19/il-ragu-lunico/

  4. Je veux bien goûter le ragu! (je n'aurais jamais pensé baver devant un "ragoût"!) 🙂

  5. Quel plaisir de lire ton article !
    J'ai fait une année d'Erasmus à Bologne, que de bons souvenirs… Un vendredi sur deux, on avait droit à une visite insolite de la ville, organisée pour les étudiants étrangers – sur les égoûts, les boutiques, les bibliothèques, où on apprenait ces côtés cachés de la ville. Je ne sais pas si ça se fait toujours, mais c'était top !
    Bref, profite bien de l'Italie !
    Bises

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