Très insolite Toscane

Très insolite Toscane

On part en Toscane ? Je vous vois venir : vous imaginez une petite route bordée de cyprès qui serpente entre une église de campagne (chef-d’œuvre de la Renaissance) et un champ d’olivier ?

Non. Je vous arrête tout de suite. Pour ce voyage, c’est une Toscane insolite que je vous propose. Une Toscane où méditer sur l’histoire et ses méandres au milieu des montagnes avant d’aller manger du canard frit à China Town. Où on écoute du rock garage dans des bleds en buvant du vin bio.

Un article avec peu de photos car parfois, j’aime bien laisser mon téléphone dans le sac pour profiter des choses 🙂 désolée, si vous avez la flemme, la seule façon de procéder pour obtenir les informations est de lire le texte. C’est old school, oui. Mais c’est comme ça. J’ose espérer qu’il y a encore des gens qui aiment lire ici : on va bien voir.

Façon fond d’écran Windows comme ça quoi (photo via unsplash)

Une insolite Toscane

Éloignons-nous rapidement et efficacement des clichés sur la Toscane pour nous aventurer dans une Italie pas vraiment carte postale. La Toscane est l’une des régions les plus marketées du pays, qui nous vend sa dolce vita et son Chianti jusqu’à l’indigestion.

Pour ce weekend insolite, j’étais basée à Florence. Nous avons laissé le programme se faire tout seul au petit bonheur, suivant nos envies. Voilà comment nous avons passé presque trois jours en Toscane, logés à Florence, en plein mois d’août, sans voir ni touristes ni Ponte Vecchio.

insolite toscane
Le Ponte Vecchio lors d’un précédent voyage

J’ai suivi le déroulé de notre weekend mais cet article fonctionne aussi très bien comme un carnet insolite ou piocher des idées de visite en Toscane. Je n’ai donc pas trop insisté sur les transports ou les infos pratiques : une carte récapitule les lieux en fin d’article, et vous pouvez organiser votre visite avec google maps depuis Florence Sienne ou Pise sans problèmes.

Caniches, garage rock et pasta

Gare de Pontedera, samedi soir, 21h. Notre weekend en Toscane commence.

C’est ma troisième fois à Pontedera, et c’est déjà un fait insolite. La bourgade, bien que située dans la jolie région du Valdelsa, est plutôt boudée des touristes. J’y ai séjourné pour traduire une cérémonie de mariage, puis invitée pour une opération de l’Office de Tourisme. Un voyage que je vous avais déjà raconté dans cet article.

INSOLITE TOSCANE

Je dois avoir une histoire avec cette ville : m’y voilà encore, car ce soir, des amis jouent en concert dans la petite ville de Vicopisano, à quelques minutes de là. La ville est adorable avec une petite église et son parterre d’herbe qui semble passé au peigne fin. Mais au lieu de nous absorber dans sa contemplation, nous filons en face, à la “sagra dei primi”, soit la “fête des entrées”.

Qu’est-ce qu’on fait à la fête des entrées ? On mange des pâtes, bien sûr. Installés sur d’immenses tablées, tandis que le concert commence. Le public, sur des chaises en plastique, serre contre lui de petits chiens bien toilettés. Des mamies plus fringantes dansent tandis que le groupe chante en yaourt du rock des années 60. Les papys portent des Rayban alors qu’il fait nuit, les enfants de trois ans inventent des pas de danse. Sur la “scène”, un espace relevé de quelques centimètres, une Madonna lumineuse sur fond vert hypnotise l’auditoire.

Mémoire en altitude

Comme nous n’avons pas vraiment envie de passer ce dimanche du mois d’août à rejoindre la masse des touristes qui visitent le centre, nous décidons d’aller prendre l’air ailleurs.

Par une route qui serpente sur les collines (cliché) entre les cyprès (cliché), le long de belles villas avec vue (cliché), nous quittons la ville direction la montagne. Nous nous arrêtons au col, Passo della Futa, devant un riant chalet orné d’une décoration hétéroclite. Étiquettes collées par les motards, photos vintages de cyclistes, cartes postales rappelant le passage d’un rallye automobile : depuis 1890, ce restaurant s’enorgueillit d’être le passage obligé des visiteurs.

Mais qu’est-ce qui attire les touristes à ce col perdu dans l’Apennin Emilo-Toscan, à 900 mètres d’altitude ?

Non, ce n’est pas pour l’excellente grillade de saucisses. Ni la piquette servie dans d’énormes bouteilles posées d’autorité sur la table.

Ce qui justifie un tel voyage, c’est l’étrange cimetière campé au dessus du restaurant, s’étalant au creux des montagnes.

30.000 tombes, de simples plaques sur lesquelles sont inscrits les noms des soldats allemands tombés en Italie pendant la seconde guerre mondiale. La plupart avaient à peine vingt ans.

Au centre, une étrange voile de grès se déroule en une spirale à angle durs. Vu du ciel l’ensemble forme une spirale déployant ses pierres tombales en terrasses.

Nous sommes en Toscane, mais c’est l’État allemand qui entretient ce lieu de mémoire où reposent les soldats du troisième Reich. Dans le livre d’or, à la sortie, les messages sont souvent politiques, couvrant un vaste répertoire d’idées, du “plus jamais ça” à la nostalgie fasciste.

Baissé de rideau à Prato

Au lendemain de notre journée dans les montagnes, nous nous arrêtons dans la plaine, sur le chemin du retour vers Venise.

Au cœur de la Toscane, une ville a lié son nom à la production textile. Spécialisée dans le textile depuis le XIIIe s., avec une forte accélération au moment de l’industrialisation, Prato est un peu la fabrique du Made in Italy. Depuis le Castello dell’Imperatore, sa silhouette apparaît hérissée de cheminées d’usines, vestiges de l’âge d’or. A partir des années 60, les propriétaires décident petit à petit de vendre leurs fabriques à un autre peuple spécialisé dans le textile : les chinois. Les familles de l’Empire du Milieu arrivent alors nombreuses et choisissent de s’installer en périphérie de la vieille ville.

A la sortie du château, nous errons dans les rues du centre, où la plupart des boutiques sont fermées. Rideaux baissés et ruelles presque vides, le centre a drôle d’allure. Sous les façades Renaissance ornées de belles fenêtres en ogive, se promènent quelques retraités, accompagnés de leurs indispensables caniches.

Voyage gastro chez Raviolo Liù

Sans omettre de visiter le Duomo de pierre blanche et noire, nous quittons le centre pour rejoindre China Town.

En quelques minutes, l’atmosphère change radicalement. Finies, les ruelles aux courbes douces et les places ornées d’églises. Nous voici dans de rectilignes allées, bordées de maisons basses et grises. Tous les panneaux sont en chinois, et les visages que nous croisons ont tous les yeux bridés.

Dans les supermarchés, nous parcourons les rayons où abondent oreilles de porc, pieds de canard et friandises chimiques aux étiquettes illisibles pour nous. Dans la rue, des vendeurs assis sur des tabourets en plastiques exposent leurs marchandises : courges disproportionnées, concombres boutonneux, légumes à nous inconnus.

Enfin, nous touchons au but de la visite : l’antre de Raviolo Liù. La porte s’ouvre en même temps que le sourire de la serveuse qui nous souhaite la bienvenue. Derrière des rideaux brodés de fleurs violettes, sur des tables rondes aux nappes rouges, une clientèle nombreuse se masse autour de piles de raviolis chinois à la vapeur. Dans l’air, une odeur délicieuse. Sur le comptoir, une bouteille de gnôle ou flotte un sexe de bouc démesurément grand.

Peu habituée à la cuisine chinoise, je ne sais jamais quoi commander, dans quel ordre et dans quelles proportions. Nous nous retrouvons donc face à une montagne de boites cerclées de bambou remplies de délicieux raviolis, entourées de portions de légumes au soja, d’agneau au coriandre pimenté et de canard frit. Un festin englouti maladroitement avec les baguettes, bien sûr.

insolite toscane
Les boîtes à raviolis ressemblaient à ça (je n’ai pas fait de photos)

Malheureusement, la petite ligne de train qui rejoint Bologne par les montagnes est momentanément remplacée par un bus, dans lequel nous nous échouons la panse gonflée de raviolis. Ce weekend toscan s’achève sur une lente digestion bercée par le ronron du bus.

Insolite Toscane : la carte

Si vous voulez visiter l’un des lieux mentionnés, voici la carte avec leur localisation précise.

J’espère que ce trip atypique vous a plu, si vous voulez m’aider, partagez-le avec vos amis facebook, vos followers sur instagram ou vos amis réseauphobes par mail 🙂 grazie !

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