Roadtrip – Je parcours la Toscane en train

toscane train

Un voyage plus que classique en Italie ? Le road-trip en Toscane. Les routes serpentent entre les cyprès pour conduire d’un village étrusque à un patelin médiéval, d’une cave à vin à un agritourisme au charme de carte postale. Ah, la Toscane ! C’est certainement la région italienne la plus connue à l’étranger, et elle concentre bien des trésors. Entre ses chefs d’œuvres de la Renaissance, ses sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité et sa nature à la douce perfection, il est difficile de ne pas l’aimer. Ah, j’oubliais ! La partition gastronomique y est aussi extrêmement bien réglée : des antipasto aux plats de pâtes parfumés à la truffe, pas une fausse note. Qui dit road-trip, dit voiture ? Ca semble logique, mais, allergique à la conduite et disposant de quelques jours de libres, j’ai eu envie de tenter la Toscane en train.

Florence ou Comment j’ai trouvé le remède au syndrome de Stendhal

Florence, première étape de mon road-trip toscan. Comme ce n’est pas ma première visite, j’ai deux objectifs précis:

  • Manger un panino al lampredotto (à l’estomac de vache, oui, oui)
  • Visiter les églises payantes que je n’ai pas encore vues

Pour avaler un sandwich à l’estomac de vache, il faut travailler sur soi-même : un peu d’auto-persuasion.

« Tu n’es pas au courant », « c’est pas pire que de manger de la rate* », « tout le monde a l’air d’aimer ça », « ferme les yeux, ça va aller »…

 

Déjeuner typiquement florentain : le panino au lampredotto

Non, ça n’est pas « de l’herbe pas digérée » mais la « salsa verde », servie avec le panino al lampredotto

Et ça va. C’est bon. Très bon. Presque. Il faut faire abstraction, mais une fois par décennie, je pourrais probablement recommencer.

* à Palerme, j’ai testé le panino câ meuza, un sandwich à la rate et au poumon de veau vendu dans la rue.

Bref, revenons aux églises.

En visitant Florence, j’espère bien vivre une expérience esthétique forte, du type baffe artistique.

Du type syndrome de Stendhal. C’est quoi, ça ?

Visitant une église, l’homme de lettres serait tombé dans les pommes déclarant « c grav tro bo JPP », ou quelque chose du genre. Au XXe siècle, une médecin de l’hôpital de Florence ayant traité de nombreux touristes évanouis dans des conditions similaires a nommé ce mal « Syndrome de Stendhal », et voilà, la maladie artistico-littéraire était née.

La Chapelle Brancacci à Florence

Prière de ne pas prier, Chapelle Brancacci, Florence.

Je commence avec la chapelle Brancacci, mais ça doit pas être ici parce que c’est beau mais personne n’a l’air de se sentir mal. Pour annuler tout sentiment mystique, un panneau demande d’ailleurs aux fidèles de ne pas prier, merci.

Devant l’église Santa Maria Novella, quatre ambulances sont garées. Oooh, c’est la bonne, je me dis. Je me sens prête au grand vertige.

L'église de Santa Maria Novella à Florence

Vous les voyez les ambulances ?

Je paie les 7,50€ de billet, je commence à e sentir faible.

A l’intérieur, c’est beau. Genre plein d’œuvres d’art, des fresques, des sculptures… je garde le nez en l’air le plus longtemps possible, je tourne pour tout voir, mais rien. Je monte les escaliers sans respirer, j’essaie d’imaginer que je crois en Dieu, toujours rien.

L'église de Santa Maria Novella à Florence

Alleeeeez là, pourquoi il se passe rien ?

A la sortie de l’église, je lis la page Wikipédia du syndrome : je me suis trompée d’église ! C’est à Santa Croce qu’il faut aller pour un évanouissement esthétique.

J’y arrive tard, l’église est fermée. Mais la façade est très belle, je m’installe en terrasse pour la détailler des yeux, attendant de me sentir happée. Le serveur et un verre de Montepulciano arrivent, coupant court à mes tentatives.

Boire un Montepulciano à Florence

Un grand verre de Montepulciano peut contenir une église entière

Je peux donc affirmer avoir trouvé le remède au syndrome de Stendhal.

Un grand verre de Montepulciano, à consommer directement sur la place de Santa Croce.

Pas besoin d’ordonnance.


Infos pratiques :

Billets Santa Maria Novella à consulter online (7,50€)

Billets Chapelle Brancacci à voir sur le site (7€)

Nuit à Florence chez une amie.

Étape suivante : Arezzo, 1h de train environ, 8,60€


Arezzo, plongée dans un tableau

J’avais un peu oublié pourquoi j’avais envie d’aller à Arezzo. Je savais qu’il y avait des choses intéressantes, mais quoi, déjà ?

Je m’en serais sûrement mieux rappelé si le cours d’histoire de l’art que j’ai suivi en Erasmus n’avait pas été juste après le déjeuner. La pasta de la cantine universitaire et l’art de la Renaissance ne font pas vraiment bon ménage…

En arrivant à la première église, ça m’est revenu d’un coup : Piero della Francesca ! Bien sûr, c’est pour l’artiste de la Renaissance qu’on court du monde entier visiter Arezzo.

D’un seul coup, je revois mon prof d’histoire de l’Art, sa silhouette obèse dans la pénombre, sa grosse voix à l’accent romain commentant la Légende de la vraie Croix.

La ville d'Arezzo en Toscane

Arezzo, plongée dans un tableau

Remplie d’églises, la ville blasonnée et vallonnée charme à coup sûr. J’y passe la matinée et le début d’après-midi, le temps de dévorer une planche de charcuterie et d’adorer peintures et pierres, puis je file prendre le bus pour Sienne.


Infos pratiques :

Billets Basilica San Francesco (Piero della Francesca) : 8€

Étape suivante : Sienne, pas accessible en train depuis Arezzo, mais en bus, 1h20 environ dans un paysage de blondes collines, 7€60


Road trip en Toscane : entre Arezzo et Sienne

Je me réveille au milieu des collines dorées à bord du bus Arezzo-Sienne

Sienne et ‘sta piazza del campo

Sienne, c’est ma rencontre avec Carmela. En arrivant en ville, je passe déposer mon sac à dos chez elle. Femme d’une soixantaine d’années, elle m’accueille sur le perron de l’appartement. Elle me montre ma chambre, la salle de bain, commente « ça c’est la douche, je t’explique pas comment ça marche, toi, t’es intelligente, c’est pas comme les américains ». Dans la cuisine, un aquarium où nagent deux énormes tortues. « C’est mon cauchemar », commente Carmela, qui m’explique que les bestioles continuent à grandir chaque fois qu’elle achète un aquarium plus grand.

On discute. Carmela est drôle et bavarde, elle me dessine un plan de Sienne. « La piazza del Campo…? pff on en fait toute une histoire ». Pendant que je range mes affaires dans la chambre, j’entends Carmela dire à son fils « On va lui faire voir autre chose, quand même… Y a bien mieux que Sienne dans le coin ! »

Tout de même, je suis là pour ça, alors je sors de la maison pour aller voir cette fameuse Piazza del Campo. Deux heures plus tard, je reçois un texto de Carmela :

« ça te dit d’aller voir Monteriggioni puis ensuite on va se manger une pizza ? Mes copines ont toujours la flemme. Profitons de la vie ! »

Je suis allongée sur le sol incliné de la Piazza del Campo. L’ombre du Campanile semble marquer les heures, comme sur une immense horloge. Il fait doux, la journée étire ses dernières heures chaudes, j’ai déjà faim. J’accepte.

Une soirée à Monteriggioni

Au volant, le fils. Sur le siège passager, la mère. Elle me parle de la Calabre, sa terre natale, de ses études à Bari et surtout de l’émotion qui m’attend à Monteriggioni. Elle cite la Divine Comédie, me raconte quand les Siennois, attaqués par Florence, se réfugièrent derrière les remparts de la ville fortifiée de Monteriggioni.

« Tu me remercieras d’avoir vu Monteriggioni », ajoute-t-elle.

Les voitures restent aux pieds de la ville et ses tours qui dominent comme une couronne posée sur la colline. Si j’avais un drone, je vous aurais fait de super photos. Je n’en ai pas, et le calme des lieux m’en remercie. Entre les oliviers, nous montons vers les remparts. Le ciel est rose. Nous voilà sur la place du village. Le temps s’est arrêté, les bruits sont feutrés. Les gens mangent en terrasse dans le calme chaud, les chats se promènent. Nous aussi. Nous rentrons et je m’effondre.

Demain, Pise.


Infos pratiques :

Nuit à Sienne chez Carmela (airbnb). A environ 1,5 km du centre, pratique et pas trop cher vu la saison (35€)

Étape suivante : Pise en train, 1h45 environ avec changement à Empoli, 10€80


Pise n’est pas qu’une tour

« Pise ? Une fois que t’as vu la tour, t’as tout vu ! »

C’est ce qu’on entend souvent à propos de Pise. On s’y contente d’une demi-journée, il n’y a pas grand chose à y voir… J’avais envie d’en avoir le cœur net. Je suis arrivée au sud de la ville, à l’opposé de la fameuse torre pendente. Traversons Pise !

Une longue rue commerçante, toujours les mêmes Mango-Bershka-Zara du monde. Beurk.

Oh, une esplanade couverte. C’est la Loggia dei Banchi, un ancien marché. A côté, c’est la mairie et ses belles salles voûtées.

Tiens, l’Arno. Vite traversons nous mettre à l’ombre.

Des arcades, j’aime bien, ça. On entre dans la cour, à gauche ?

Pause déjeuner à Pise

Sympa pour une pause, même s’il n’y a pas la vue sur la Tour.

Comme c’est joli, ces petites terrasses. J’ai faim. Ca tombe bien, c’est l’heure. Une assiette de pesto aux olives et à la burrata per favore.

Déjeuner à Pise

Une assiette de pâtes au pesto d’olive et burrata

Des ruelles, marchons au hasard. C’est plein d’étudiants et de vélos par ici.

Stupéfaction ! Mais où suis-je ? Quelle est cette place merveilleuse aux palais somptueux ? L’école Normale, vous dites ? Mamma mia ! Je suis sur la Piazza dei Cavalieri, c’est superbe.

L'école normale de Pise

Vous vous rappelez le bâtiment moisi où vous avez usé vos crayons à la fac ? Bon. Maintenant, voilà l’école normale de Pise.

C’est drôle, il y a de plus en plus de touristes, j’imagine que la tour n’est plus très loin. D’ailleurs, c’est quoi, ce dôme blanc ?

Des carrosses, une foule qui adopte de drôles de positions taï-chi, des flics, des perches à selfie qui s’entrechoquent… ça y est, c’est la Tour !

La Tour de Pise en fin de journée

Quand tu sais pas trop comment photographier un lieu over-fréquenté, retournes-y en fin de journée et sature la luminosité #conseilpourri

Un billet pour le Duomo, avec entrée au Batistero. Merci.

Dans le Batistero, échos du chant de la gardienne, au deuxième étage, la queue pour faire une photo.

La vue depuis le baptistère de Pise

Même s’il y a la queue pour faire la photo, j’ai pris deux minutes de contemplation avec de shooter : c’est beau quoi.

Trop chaud, je décide de rentrer, me perds, trouve mon hébergement, une chambre chez Ivana.

Le soir, traverser encore Pise sous les lumières des gadgets colorés vendus à la sauvette, pour aller manger un sandwich à la saucisse crue et aux truffes.


Infos pratiques :

Nuit à Pise chez l’habitant (airbnb), 29€

Billets Duomo + 1 monuments (à choisir entre Baptistère, Campo Santo et Tour) : €
Voir plus de tarifs en ligne.

Bonne adresse sandwich : I porci comodi, via l’Arancio, 4 (sandwich 4-6€)

Étape suivante : Lucca (Lucques en français), 25 min de train, 3,60€


Les bizarreries de Lucca

Lucques est belle. Elle est bizarre, cette ville. On y entre par un chemin tortueux à l’intérieur de ses murs d’enceinte. On se cogne à ses églises démesurées. On y prend l’ombre au sommet d’une tour, sous un olivier. Des maisons ont poussé dans son amphithéâtre, qui ressemble plus à une place ovale. Les rues sont bucoliques et bondées. Lucca est belle, mais ça se sait.

Lucca en Toscane vue d'en haut

Big Bisous from la Toscane

Lucques vue d'en haut

Voyager seule = casser les pieds à un inconnu pour obtenir une photo bien cadrée en format paysage même quant ledit individu a ses propres idées sur la photographie.

Lucques et ses églises

Des églises, des vélos, des personnes âgées et des touristes : un condensé de la ville de Lucques

Dans le train entre Lucca et Pistoia - La Toscane en train

Dans le train entre Lucca et Pistoia

J’y passe ma matinée à flâner, de 9h du matin à l’heure du déjeuner.


Infos pratiques :

Billets Tour Guinigi : 4€

Étape suivante : Pistoia en train, 1h, 5€70


Pistoia chasse l’ours, je bois des cafés

Il doit bien faire 30° quand je monte à bord du train pour Pistoia. Mon sac à dos colle et je n’ai plus trop d’énergie.

Pour arriver en centre-ville, c’est facile : une ligne droite file de la gare à la vieille ville.

Pistoia

Les ruelles où je n’ai plus le courage de me perdre

Pistoia - La Toscane en train

Presque la seule photo de Pistoia potable que j’ai la force de réaliser

La ville est toute blasonnée. Sur la place principale, on est en train de finir de monter les gradins. Ce soir, on chasse l’ours, me dit-on. C’est la fête de la ville, avec force fanfare et combats dans l’arène contre un « ours ». J’entre dans quelques églises, parcours quelques ruelles. Mais je dois bien l’avouer : je suis épuisée et il fait trop chaud pour marcher avec un sac à dos. Tant pis, même si je sens que Pistoia reste à explorer, je m’écroule dans un café. J’y passerai l’après-midi, seule cliente, à blaguer avec les serveurs et à commencer à écrire cet article de blog.


Dernière étape, retour à Venise en train avec changement à Florence.

Quel budget pour parcourir la Toscane en train ?

J’ai fait un tout petit voyage, donc ce que j’ai dépensé est à rapporter à la durée, bien sûr. Quelques constantes :

  • le train ne coûte pas cher en Italie, encore moins les régionaux.
  • les hébergements peuvent être salés en saison, c’est pourquoi j’ai privilégié les chambres chez l’habitant via Airbnb
  • les restau ont un coût relativement moins élevé qu’en France sans être non plus low cost
  • les églises sont souvent payantes en Toscane, quand il y a des chefs d’œuvres dedans. Ce qui signifie que c’est cher mais que ça vaut le coup…
  • le vin au verre est souvent assez cher, de 4-6€le verre, parfois jusqu’à 8€…

Pour ma part, voici les montants des différents postes de dépense, pour quatre jour en Toscane :

Hébergement : 65 € (frais d’Airbnb compris)

Transports : 27 € train + 3 € bus à Florence = 30 €

Visites : 26,50 €

Repas : 87€ (environ, je n’ai pas tenu de comptes précis et j’ai alterné petits restau et sandwichs)

Total : 208,5€ pour 4 jours

Dans les transport je ne prend en compte que les trains pris en Toscane et non le Venise-Florence (env. 60€ A/R).

Côté hébergement, je ne les ai pas choisis pour la déco ni pour l’emplacement mais clairement pour le prix. J’ai organisé ce voyage un peu à l’arrache en plein mois de juillet, donc les tarifs étaient assez élevés. J’ai pris le meilleur sur le marché au moment X, en évitant les auberges de jeunesse qui étaient au même prix qu’une chambre privée chez l’habitant. Finalement je trouve que je m’en suis bien sortie avec un budget d’une cinquantaine d’euros par jour hébergement compris. Vu que j’ai sûrement oublié de compter de petites dépenses, on peut monter à 60€/jour tout compris. La Toscane en train, finalement, un voyage petit budget ?

Envies d’autres arrêts en Toscane ?

Vous pouvez lire mon article sur les villages étrusques, mais je ne suis pas certaine qu’on puisse y aller en train ou en bus.

Les voyages en train, ça vous parle ?

La Toscane en train - Mon expérience

12 Comments on "Roadtrip – Je parcours la Toscane en train"

  1. Salut Lucie. Ce road trip offre une belle carte postale de la Toscane. Et merci pour les souvenirs qui me reviennent de l’été dernier. Florence en camp de base et un jour, une ville en train. Juste, Livorno à la place de Pistoia. Cette région est magnifique. Et il paraît que la campagne vaut le détour.
    Et je partage ton avis sur le panino al lampredotto. C’est étrangement plutôt bon!

    • Je n’ai pas vu Livorno encore… et oui, la campagne Toscane est magnifique, c’est vrai que malheureusement pour dormir dans les petits agriturismi il faut un véhicule. Mais on en savoure déjà beaucoup en train !

  2. Ah tu me fais rêver une fois de plus avec ton article. Toutes ces jolies villes, ces églises spectaculaires … et cette nourriture italienne (bon, sauf tes paninis étranges au veau !) ! J’irai un jour, j’irai !

  3. Super article, très bien écrit. Ça donne envie de retour à Florence, ou surtout en Toscane.

  4. Que ton article est rafraîchissant, une belle façon de raconter la Toscane et qui me fait me souvenir de mon arrivée à Sienne en bus où j’ai débuté une année d’Erasmus en…2003 ce qui m’a permis de faire des trajets en train pour découvrir le pays!

  5. Très sympa comme billet, tu m’as replongé dans mon voyage là-bas. La toscane c’est quand même mieux quand il fait beau et chaud. (Et pas en février même si tu es tranquille pour visiter)

  6. Qu’est ce que c’est joli ! 🙂

  7. J’étais allé en Italie étant plus jeune et je dois t’avouer que ton article me donne envie d’y retourner ! J’adore le train en plus… Merci pour cet article !
    Capitaine Rémi Articles récents…Voyage aventure ItalieMy Profile

  8. La Toscane laisse vraiment rêveur, mais comme énormément d’autres régions d’Italie. Je pense que je vais bientôt devoir y faire un saut. Je note les adresses, merci 🙂

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