L’Italie, le poème est dans la rue #HistoiresExpatriées

L’Italie, le poème est dans la rue #HistoiresExpatriées

Un peuple de poètes, d’artistes, de héros, de saints, de penseurs, de scientifiques de navigateurs, de migrants.

Au frontispice du Palazzo della Civiltà, surnommé Colosseo Quadrato, à Rome, ces mots tirés d’un discours de Mussolini décrivent les italiens. Un peuple (d’hommes, apparemment) génial, brandi pour exhorter les foules au moment de déclarer la guerre à l’Éthiopie.

Photo de Michele Bitetto via unsplash

Mais le fascisme et la guerre coloniale italienne ne sont pas les sujets du jour. Je vais plutôt vous parler, sur une suggestion d’Ophélie qui blogue depuis l’Écosse, de poésie.

Un épisode des #HistoiresExpatriées que j’écris en pleine canicule et sur l’écran de mon téléphone, pardonnez le côté brouillon : on est (encore) en août.

tags italie poésie
Moins d’héroïsme, plus d’érotisme (en bas à gauche : le huit mars, je lutte) – Cagliari

Un peuple de poètes•ses

Rétablissons le féminin, et oui, j’utilise l’écriture inclusive car : les femmes existent. Si on me dit “poésie + italie”, j’avoue que la première chose qui me vient à l’esprit, c’est un souvenir de fac.

Quand j’étudiais à Rome, en Erasmus, je fréquentais un cours de littérature du XXe siècle auquel je ne comprenais pas grand chose et que je trouvais mortellement ennuyeux. On étudiait sur un gros livre, il libro di testo, comme on dit en italien, et la prof accordait beaucoup d’importance à la biographie des auteurs et autrices, qu’on récitait chronologiquement, bien sûr. De ces heures à suer sur l’épais volume, je ne me rappelle de rien, à part qu’Elsa Morrante a vécu à Capri et que le mot menzogna signifie mensonge. Fondamental.

Un jour, me tirant d’une rêverie molle, la prof demande des volontaires pour aller au tableau lire un texte. Enfin ! Il se passe un truc. Je prends mon courage à deux mains et je me lance “Sono francese, però mi va di provare” (je suis française mais j’ai envie d’essayer).

Le texte : un poème d’Italo Svevo, écrivain triestin. Alors que j’inspirais profondément pour commencer la lecture, la prof me coupe, cassante :

– Tu t’en sens capable ?

– Comment ça ?

– C’est pas à la portée de tout le monde, Svevo.

– Ben disons que maintenant que je suis sur l’estrade et que 30 étudiants me regardent…

– Essaie toujours…

Rouge comme un homard ébouillanté, je me lance dans la lecture en inscrivant mentalement le nom de la prof sur la liste de mes ennemis jurés. Et là, c’est terrible : je bafouille, je ne comprends rien, le vocabulaire m’est inconnu, aucune idée d’où placer les accents toniques, ma lecture est pitoyable.

– C’est bien ce que je pensais… conclut la prof avant de me renvoyer à ma place.

Déjà que je n’ai pas de grandes affinités avec la poésie… je n’ai jamais essayé de relire Italo Svevo. D’ailleurs, mon expérience avec la poésie italienne s’arrête là. Par contre…

Les poètes•ses sont dans la rue

Italie poésie dans la rue
Brésilien / apprends-moi le portugais / avec la langue / nus dans une ruelle / dansons la samba (Venise)

Loin de l’Université et des pages imprimées, il y a un lieu où les italien•nes se révèlent poètes et poétesses. C’est la rue. Chaque matin en sortant de chez moi, à Venise, le mur me saluait d’un Ciao bella, inscrit à la bombe rouge il y a des années à l’attention d’une amoureuse. Ces déclarations, les rues d’Italie en sont pleines. Buongiorno principessa. Sei la frase più bella della mia canzone preferita. Apri la finestra, la tua rondine è triste.

Traduction : Bonjour princesse / Tu es là plus belle phrase de ma chanson préférée / Ouvre la fenêtre, ton hirondelle est triste.

Quelques exemples de phrases que j’ai mémorisées au fil des rues.

Italie Poésie
Moi je m’aime (Catanzaro Lido, Calabre)

Les scritte, comme on les appelle, sont partout, du nord au sud de l’Italie, dans les quartiers populaires ou cossus. On trouve même un compte Instagram qui en publie une sélection (toutes les scritte ne sont pas romantiques, d’ailleurs) : Starwalls.

Quand elles sont politiques, les scritte ont leurs codes : à l’extrême droite, on n’utilisera pas les mêmes caractères qu’à gauche. Pour un•e étranger•e, c’est fascinant : la rue nous donne à lire l’Italie, ses humeurs, ses amours et ses colères, mieux qu’un poème en vers au vocabulaire difficile étudié à la fac.

poésie italie
Épingle moi !

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