Lectures en passant (et en italien)

Lectures en passant (et en italien)

Tiens, ça fait longtemps que je n’ai pas eu le temps d’écrire un article. Est-ce que je n’avais pas promis, à moi-même ou aux lecteurs et lectrices d’être plus régulière ? Oups, je ne sais plus. Alors, en passant, un article sur quelques lectures en italien qui m’ont plu dernièrement.

Ah, au passage, essayez-vous à la prononciation italienne de la locution “en passant”, qui fait partie des nombreux francesismi utilisés en Italie : aNN passaNNN. Pas de voyelles nasales en italien (donc adieu en, in, on, etc), on prononce distinctement le A du N, aN. Car il arrive aux italiens d’utiliser l’expression pour indiquer une chose de passage, évoquée brièvement “ne abbiamo parlato ma solo en passant” / on en a parlé, mais seulement en coup de vent.

Quelques lectures en italien

Après cette introduction, entrons dans le vif du sujet. J’avais envie de vous proposer aujourd’hui quelques lectures en italien, tirées de ma bibliothèque personnelle, qui m’ont plu récemment. Ceci n’est pas une sélection de classiques, ni d’incontournables de la littérature : juste une petite sélection en passant, au gré de mes lectures. D’ailleurs, aucun de ces livres n’est disponible en traduction, raison de plus pour en parler dans cette sélection italana! J’essaierai aussi de vous donner une idée du niveau de langue, si vous êtes en train d’apprendre. C’est parti !

Operette Ipotetiche, Ugo Cornia

Vous savez, quand, dans votre lit le soir, vous cherchez le sommeil et que vos idées vagabondent ? Alors que le corps se détend, l’esprit s’abandonne aux pensées les plus farfelues, les moins logiques. Dans les “petites œuvres hypothétiques”, recueil de nouvelles, c’est un peu ce que fait Ugo Cornia. Et si d’un seul coup je gagnais énormément d’argent, et qu’avec cette somme je décidais de bétonner un hectare de terrain, un bel hectare de béton bien lisse ? Et si un jour j’avais un fils et un chien et qu’en grandissant mon fils ressemblait au chien plutôt qu’à moi ?

En poussant à bout des questions en apparence absurdes, l’auteur construit des nouvelles plus profondes qu’elles en ont l’air mais aussi hilarantes. Le tout entrecroisé d’une réflexion sur la nature des miracles (est-ce que les miracles sont vraiment ce que nous considérons comme tel ou bien sommes nous entourés de miracles invisibles et permanents ?). Une façon assez drôle de se tordre les méninges mais surtout de regarder la vie sans la prendre au sérieux.

Niveau de langue : intermédiaire. Les textes sont courts et le vocabulaire assez courant, même si les longues phrases qui imitent l’oralité peuvent sembler plus difficiles.

Piccoli addii, Giovanni Mariotti

De la taille d’une paume de main, ce tout petit livre de la collection microgrammi, publiée par Adelphi, s’intéresse à ce qui n’est plus. Ces “petits adieux”, l’auteur les adresse aux objets et aux moments de sa vie qui ont disparu sans faire de bruit. Qui se souvient des calze velate, les premiers collants transparents dont la couture sur le mollet des femmes était l’unique preuve de leur présence ? Mais encore, le papier tue-mouche, les écheveaux de laine, les vieux trains ou le Milan d’après-guerre. Un peu nostalgique mais pas passéiste, le livre se lit très vite car il se construit en micro-chapitres composés de points numérotés. Un vocabulaire très pointilleux qui rappelle un peu un Georges Perec dans Les Choses, mais en plus nostalgique.

Niveau : difficile car le vocabulaire est très spécifique, bien que le style soit fluide.

Padovaland, Miguel Vila

Ceux et celles qui ont traversé la Vénétie le savent : entre deux villes d’art, au patrimoine flamboyant, s’étendent d’infinies plaines urbanisées, industrialisées. C’est dans cet entre-deux en bordure de Padoue que Miguel Vila a choisi de situer sa première bande-dessinée, Padovaland. Les personnages, de jeunes adultes qui se cherchent, évoluent entre supermarché, pavillons de banlieue, université et tristes jardins publics coincés entre une bretelle d’autoroute et un bloc d’immeubles. Mais pas question de s’attrister sur leur sort, le livre propose plutôt une satire de ces personnages affreux et parfois méchants. Un scénario qui touche juste, car malgré l’aspect caricatural, chaque individu est raconté avec une grande justesse dans ses doutes et ses bassesses. Attention, c’est très drôle, mais aussi assez trash : Miguel n’est visiblement pas là pour faire dans le politiquement correct, et c’est ça qui fait la force de son dessin.

Je ne mets pas plus d’images mais je vous invite à aller faire un tour sur son compte instagram : vous allez comprendre.

Niveau de langue : intermédiaire, la BD facilite la compréhension mais il y a un peu de vocabulaire régional (dialecte veneto).

Contro i bambini, Rosalba Santoro

L’éditeur raconte qu’un jour, une femme s’est présentée avec un manuscrit trouvé dans la maison de sa grande-tante, récemment décédée. Le document compilait diverses notes et réflexions mises en ordre par Rosalba Santoro, maîtresse d’école, à la fin de sa vie, au début des années 2000. L’institutrice, qui s’est refusée à la maternité, y développe sa réflexion “contre les enfants”. Quand elle rentrait de l’école, elle noircissait des carnets de ce récit à l’opposée de l’idée romantique de la pureté de l’enfance. Au contraire, elle souligne les mesquineries des enfants, le bruit qu’ils font, l’attention qu’ils réclament, comme autant de motif pour ne pas en vouloir.

Lectures en italien
Je l’ai déjà prêté donc ce livre n’a pas été photographié avec les autres

Histoire vraie ou montage éditorial ? Je me suis posé la question sans parvenir à y répondre, bien que je penche pour l’histoire vraie. En tous cas, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce petit livre amusant et plein d’ironie, qui fait bien sûr réfléchir.

Niveau de langue : accessible, car composé de courts chapitres au vocabulaire assez simple.

L’estate del cane bambino, Mario Pistacchio e Laura Toffanello

Brondolo, petit village sur la lagune de Venise. Plein été. Synonyme de liberté pour Vittorio et ses amis. Le dernier été avant l’adolescence, fait de jeux dans les paludes, de parties de foot et de corvées aux champs à esquiver. Cet été là, Narcisso, le plus petit, disparaît. A sa place, les enfants découvrent un chien noir, qu’ils baptisent Houdini. Pour eux, ça ne fait aucun doute : Narcisso est devenu Houdini. Alors que tout le village se met en quête du petit garçon, ses amis perdent peu à peu leur innocence, et quittent le monde de l’enfance. Un très beau livre qui fait planer l’ombre du drame sur les interminables journées d’un été des années 80.

Niveau de langue : je dirais avancé, car il faut suivre l’intrigue sur un peu plus de 200 pages.

A lire ailleurs sur le blog : Venise, mes lectures.

J’espère que cette sélection vous a plu, n’hésitez pas à partager vos lectures coup de cœur en italien en commentaire 🙂

7 thoughts on “Lectures en passant (et en italien)”

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